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Déclaration post-électorale de la Fondation CLEEN sur les élections présidentielle et législatives nationales tenues le Samedi 23 Février 2019

  1. Introduction

Le Centre de soutien à la sécurité des élections (CSSE) de la Fondation CLEEN reconnaît que les élections demeurent une condition essentielle du développement social, politique et économique du Nigéria. Depuis le retour au gouvernement civil au Nigéria, les élections ont été vivement disputées. Plus important encore, la préparation des élections tenues Samedi 23 Février 2019 s’est déroulée dans une atmosphère de préoccupations de sécurité généralisées dans la plupart des États de la Fédération.

Avant les élections, la Fondation avait réalisé une évaluation des menaces à la sécurité des élections (ESTA) afin d’améliorer la sécurité publique pendant les scrutins. Il est regrettable de constater que les zones identifiées par la fondation ont réellement été victimes de violence; notamment, les États de Rivers, Kogi, Akwa-Ibom et Lagos. Les résultats de l’ESTA ont été largement diffusés entre Août 2018 et Janvier 2019.

Nous devons cependant saluer la résilience et l’engagement des Nigérians qui ont fait preuve d’engagement et de patience, malgré les difficultés rencontrées avant et pendant le processus de vote. La majorité des électeurs ont démontré leur engagement en faveur d’élections ordonnées et pacifiques dans le pays, ce qui est hautement appréciable. La résilience démontrée par les électeurs malgré des grands défis est un développement positif dans notre quête de consolidation de la démocratie au Nigéria. Cette déclaration constitue le résultat, formulé sur la base des rapports de nos observateurs à travers le pays pendant les élections.

  1. Méthodologie

La Fondation a recruté, formé et déployé 1 600 observateurs fixes et 40 observateurs itinérants dans les 36 États du Nigéria et du Territoire de la capitale fédérale. La Fondation a également mis en place le Centre de Soutien à la Sécurité électorale (CSSE/ESSC) à Abuja (territoire de la capitale fédérale), et dans les États de Lagos et d’Imo. La Fondation a collaboré avec la Commission du service de police (PSC) et le barreau nigérian (NBA) en vue d’observer la conduite des agences de sécurité en mission électorale.

Le CSSE a reçu des informations en temps réel de nos observateurs stationnaires et itinérants déployés dans tout le pays. Le CSSE a reçu des appels du grand public, des médias et des observateurs pour une mise à jour et une réponse rapides pendant les élections. La Fondation a également reçu diverses informations de terrain de nos observateurs et citoyens à travers le pays. Ces informations obtenues portent notamment sur les questions relatives à l’arrivée tardive des agents de sécurité et du matériel de vote dans les unités de vote, ainsi que sur les appels en détresse. Les informations qui constituaient une menace claire pour la tenue d’élections libres, régulières et sécurisées, ont été transmises à la CENI et aux agences de sécurité par nos Centres en vue d’actions rapides.

De surcroit, la Fondation a doté les observateurs d’une liste de contrôle normalisée contenant des questions spécifiques permettant de mesurer la conduite du personnel de sécurité en mission électorale et la sécurité générale des scrutins.

La liste de contrôle inclue des informations portant, entres autres, sur l’heure d’arrivée du personnel de sécurité dans le bureau de vote ; la partialité / impartialité du personnel de sécurité ; les réactions aux incidents survenus dans le bureau de vote en rapport à l’usage de la force et la conduite générale du personnel de sécurité dans les bureaux de vote. Ces informations ont été extraites électroniquement via Tella, une application mobile de collecte et d’analyse de données, qui permet de gagner du temps et d’éviter les erreurs dues à la saisie des données.

Les informations quantitatives et les données empiriques ont été complétées par des informations provenant des coordinateurs des différents Etats qui ont fourni des informations périodiques à ESSC par le biais d’appels téléphoniques et de plateformes de médias sociaux dédiées telles que WhatsApp, Twitter et Facebook.

Cette déclaration souligne nos conclusions et recommandations concernant la conduite du personnel de sécurité affecté à la mission électorale.

  1. Arrivée du personnel de sécurité dans les bureaux de vote

Les rapports de nos observateurs à travers le pays indiquent que le personnel de sécurité déployé dans les unités de vote est arrivé tôt. Par exemple, 21% des membres du personnel de sécurité sont arrivés dans les bureaux de vote avant 7h00 et 44% entre 7h00 et 7h59. Cependant, environ 31% des agents de sécurité sont arrivés entre 8 heures et 9 heures ou plus tard.

  1. Déploiement et adéquation des agents de sécurité

La Fondation a observé le déploiement de plusieurs agences de sécurité, qui ont assuré la sécurité et la sûreté de tout le processus électoral, en l’occurrence la police du Nigéria, le Corps de la sécurité et de la défense civile du Nigéria, le Corps fédéral de la sécurité routière, le Service de l’immigration du Nigéria, les Services pénitentiaires du Nigéria, les Services des douanes du Nigéria et les Forces armées. La Fondation a noté que 39% des bureaux de vote comptaient au moins trois membres du personnel de sécurité chargés d’assurer la sécurité des électeurs et du matériel de vote, ainsi que du maintien de l’ordre dans les zones de vote. En outre, 31% des bureaux de vote n’ont déployé que deux agents de sécurité pour assurer la sécurité des électeurs, des observateurs et du matériel électoral, ainsi que le maintien de l’ordre dans la zone de vote.

Nos observateurs ont également noté que certaines unités de vote étaient très sous-contrôlées. Cela est évident chez nos observateurs qui ont informé que 27% des unités de vote ne comptaient qu’un seul policier. Malgré le déséquilibre notoire qui a caractérisé le déploiement d’agents de sécurité, 66% des observateurs ont estimé que le nombre d’agents de sécurité présents dans les unités de vote était adéquat ou très adéquat à tout moment.

  1. Conduite du personnel de sécurité

Le personnel de sécurité s’est en grande partie comporté de manière louable. Ils ont fait preuve de professionnalisme dans le maintien de l’ordre et ont contribué à la coordination du processus électoral dans la plupart des bureaux de vote. Les rapports disponibles indiquent que 83% des observateurs ont jugé bonne et très bonne la conduite du personnel de sécurité affecté aux unités de vote à travers le pays.

Plus précisément, on a constaté que 92% des membres du personnel de sécurité attachés à l’unité de vote étaient accessibles aux électeurs, tandis que 81% des agents de sécurité étaient impartiaux dans l’exercice de leurs fonctions électorales dans les unités de vote. Cependant, environ 12% des agents de sécurité déployés dans les unités de police étaient quelque peu partiels et partiels. Cela donne de la crédibilité aux incidents de complicité du personnel de sécurité lors de missions électorales dans certaines unités de vote.

  1. Sentiment de sécurité et de sûreté dans les bureaux de vote

Les observateurs ont noté que 88% des électeurs se sentaient en sécurité dans les bureaux de vote. Cela implique que la majorité des électeurs se sentaient généralement en sécurité dans les bureaux de vote du pays en raison de la présence d’agents de sécurité pendant les élections.

  1. Menaces aux bureaux de vote

Les élections générales de 2019 au Nigeria ont enregistré des incidents menace dans 8% des bureaux de vote du pays. Sur les 8% de menaces recensées, 6% ont été bien traitées et 2% n’ont pas du tout été traitées correctement.

  1. Présence des forces armées

La Fondation a observé le déploiement des forces armées lors des élections générales de 2019 et la mise en place de la salle de veille par l’armée. En générale, leur présence n’a pas gêné le déroulement des élections dans la plupart des États de la fédération. Toutefois, la Fondation a reçu des informations faisant état d’incidents impliquant des militaires et des hommes politiques dans l’État de Rivers. Dans un autre rapport, un détachement de personnel militaire empêchait l’électorat de pénétrer dans ses unités de vote. Ces incidents continuent de soulever le débat sur le déploiement de l’armée lors des élections.

  1. Bien-être du personnel de sécurité

Une amélioration significative a été enregistrée quant au bien-être du personnel de sécurité en service électoral. Certains membres du personnel de sécurité ont admis avoir reçu leurs indemnités avant leur déploiement. C’est louable. Cependant, il n’y a plus eu de paiement après le report.

  1. Observations générales
  • Incidents de défaillance de la sécurité

Nos observateurs ont signalé des problèmes de sécurité dans certains États. Par exemple, à la veille des élections, il y a eu d’attaque de Boko Haram contre le village de Zabarmari, Jere LGA, près de Maiduguri, dans l’État de Borno, qui a été repoussé par des agents de sécurité. De plus, le jour du scrutin, des explosions de bombe et des bruits d’armement lourd ont été rapportés peu avant le début des élections. Malgré les problèmes de sécurité occasionnés par ces incidents, les habitants ont voté en masse. Dans l’État de Rivers, dans les quartiers n ° 4 PU 007, 008 et 009, des voyous politiques ont chassé les électeurs avec des armes à feu et emporté du matériel électoral tandis que des membres du Corps national de la jeunesse étaient retenus en otages, puis relâchés. Dans l’État de Lagos, des voyous politiques auraient perturbé les élections dans des lieux de vote différents.

  • Cas de décès

Des cas de décès ont été signalés dans certains États du pays, notamment les États de Rivers, Akwa Ibom, Ebonyi, Kogi et Zamfara. Par exemple, deux personnes ont été tuées et trois autres blessées dans la communauté Amagu de la région du gouvernement local d’Ikwo, dans l’État d’Ebonyi, lors d’un affrontement entre des voyous politiques rivaux. Un politicien de premier plan a été abattu dans sa ville natale à Andoni LGA, dans l’État de Rivers. Des inconnus présumés ont également tué un électeur à la PU 006 à Ayingba, dans la zone du gouvernement local de Dekina, dans l’État de Kogi. Des informations non confirmées ont également été rapportées selon lesquelles des électeurs et d’autres personnes ayant subi diverses blessures auraient été tuées dans l’État de Rivers.

  • Destruction du matériel électoral

Notre évaluation sur le terrain indique qu’il y a eu quelques cas de destruction de matériel électoral et d’attaque de personnel de sécurité en service électoral. Par exemple, à la PU 006, quartier 09 de la rue Bayo Oyewole, avenue Wilson, Ago-Palace Way, Okota à Oshodi Isolo LGA de l’État de Lagos, des inconnus présumés auraient incendié des bulletins de vote après avoir attaqué le personnel de sécurité affecté à l’unité de vote. Les agents de sécurité attachés à l’unité de vote ont appelé par la suite au renforcement. En outre, dans le quartier 3, PU 5, LGA Esan South East, dans l’État d’Edo, des malfrats ont saisi des urnes à l’issue du vote. Des urnes ont également été brûlées dans l’unité 17, quartier 009 (poste de police d’Okhoro), à Egor LGA, dans l’État d’Edo. En outre, le quartier 10, PU5, EGA de l’Est du district d’Etsako, dans l’État d’Edo, aurait signalé la destruction d’urnes et l’absence d’agents de sécurité dans l’unité de vote au moment de l’incident.

 

  • Sûreté et sécurité des observateurs

Certains observateurs ont déclaré avoir été harcelés par des agents de sécurité et des voyous politiques dans l’exercice de leurs fonctions civiques. Par exemple, dans le quartier Nembe 1, PU 005, dans l’État de Rivers, un observateur sur le terrain a été agressé par un homme politique notoire accompagné de voyous politiques pour avoir pris des photos dans l’unité de vote. Ils ont saisi son téléphone et supprimé toutes les images de l’appareil. Il est réconfortant de constater que des agents de sécurité déployés en mission électorale l’ont sauvée. En outre, l’un des observateurs déployés par YIAGA Africa a été arrêté et détenu par la police au commandement de la zone de Kafanchan, dans l’État de Kaduna. L’observateur a été relâché par la suite.

  • Echec des lecteurs de cartes

Des observateurs de la Fondation ont signalé un échec des lecteurs de cartes à puce dans certaines unités de vote, ce qui a entraîné un ralentissement des élections.

  • Noms manquants sur le registre des électeurs

Des cas de noms manquants ont été signalés sur le registre des électeurs. Cela a été enregistré au conseil de la zone de Bwari dans le territoire de la capitale fédérale.

  • Arrivée tardive du matériel électoral

Des fonctionnaires de la CENI et du matériel électoral sont arrivés tardivement dans différentes régions du pays.

  • Achat de vote

Des incidents d’achat de vote ont été rapportés dans certains États, notamment les États d’Akwa-Ibom et de Kogi.

  1. Conclusion et recommandation

Nous exhortons la CENI à faire tout ce qui est en son pouvoir pour améliorer le processus électoral. Tenant compte des lacunes des élections présidentielle et législatives nationale organisées le Samedi 23 Février 2019, il importe que la CENI veille à une meilleure administration des élections des gouverneurs et des membres des assemblées d’État prévues le 9 Mars 2019. Nous invitons également les agences de sécurité à assurer la sécurité de tous les citoyens à mesure que le processus électoral avance aux étapes critiques de la compilation et de l’annonce des résultats. Enfin, nous appelons tous les citoyens et les politiciens à rester respectueux de la loi tout au long du processus électoral.

  1. 12. Merci et que Dieu bénisse la République fédérale du Nigéria.

Benson Olugbuo, PhD

Directeur exécutif, Fondation CLEEN

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